La croissance du PIB s’est établie à 8,5% sur les 9 premiers mois 2003, annonçant pour l’ensemble de l’année une hausse nettement au-delà de l’objectif fixé en début d’année de 7% et même probablement supérieure à 8%, ce qui en ferait le meilleur résultat depuis 1997. Les effets de la crise du SARS semblent avoir été très rapidement digérés : de 9,9% au premier trimestre, la croissance a reculé à 6,9% au second trimestre puis retrouvait déjà sa progression tendancielle au 3ème trimestre, à 9,1%. En fait, des signes de surchauffe s’accumulent dans l’investissement immobilier (+33% sur les 8 premiers mois), l’automobile (+62% à 163 000 véhicules / mois) et les secteurs afférents tels que l’acier (+19%), le ciment (+16%) ou l’aluminium (+18%). Les indicateurs, notamment de demande (+15% pour la consommation d’énergie), laissent ainsi penser que les chiffres de PIB officiels sont sous-estimés et que le rythme de croissance actuel est plutôt de l’ordre de 10%.
L’aspect le plus visible du dynamisme réside dans son commerce extérieur : sur les 8 premiers mois de l’année, les exportations ont ainsi progressé de 32,5% en rythme annuel et les importations de 40,6%, dans un contexte mondial pourtant très peu favorable. Ces échanges restent essentiellement motivés par l’activité industrielle (biens d’équipement, machinerie, électronique). La forte augmentation des importations de matières premières (+51% sur les 8 premiers mois) et le développement, quoique marginal encore, des importations de biens de consommation (voitures +50% par exemple) a néanmoins réduit de moitié l’excédent commercial (8,9 Mds USD sur les 8 premiers mois). L’éventualité d’un déficit commercial, à horizon de un ou deux an, est de plus en plus évoquée officiellement. Par ailleurs un ralentissement des taux de croissance des échanges vers des rythmes plus raisonnables de 15-20% est à attendre en raison d’un effet base marqué à partir de la fin d’année et de l’impact de la diminution de 3 pts du rabais sur la TVA à l’exportation.
De plus en plus, l’économie chinoise s’appuie donc sur de la demande interne, ce qui finalement correspond à la tendance naturelle d’un pays d’une telle dimension. La consommation privée se révèle particulièrement robuste : les ventes au détail progressent depuis début 2000 à un rythme annuel proche de +10%. L’impact du SARS n’aura été que ponctuel : après avoir plongé de 15% en mai, les services de restauration ont quasiment retrouvé dès le mois d’août leur croissance tendancielle de 16%). Portée par la progression du revenu des ménages urbains (+11% par an entre 1999 et 2002), le développement du crédit à la consommation, et à terme l’amélioration des conditions de vie de catégories longtemps délaissées (campagnes intérieures), un modèle de consommation se diffuse dans des franges de population de plus en plus larges. En 10 ans, la part des dépenses alimentaires est passée de 50 à 40% du budget des ménages urbains, tandis que les transports-télécommunications progressaient de 2 à 11% et le logement de 6 à 11%. L’investissement domestique progresse actuellement sur des rythmes annuels de 30% et malgré un début de ralentissement achèvera probablement l’année en hausse de plus de 20% (après 14% en 2002). La croissance de 50% de l’investissement industriel (notamment dans le textile et les produits électriques-électroniques) s’explique en partie par la hausse des profits (+17%), mais face à la hausse marquée des stocks (charbon, acier, automobile), une modération certaine est à attendre en fin d’année.
L’investissement dans la construction (+50% également en rythme annuel à l’été 2003) correspond d’une part aux travaux publics destinés à développer et désenclaver les provinces défavorisées (notamment à l’Ouest, où l’investissement représente 70% du PIB de certaines provinces) et d’autre part aux projets immobiliers qui s’accumulent non plus uniquement dans les principales villes mais désormais dans plusieurs centaines de municipalités. Les seconds s’apparentent de plus en plus à une bulle spéculative : la demande de logement est certes très forte, mais ne représente probablement qu’un besoin structurel de l’ordre de 20% par an, contre 30-35% actuellement. L’augmentation des invendus et la tendance baissières des prix depuis le printemps (notamment des loyers), dans un contexte de resserrement monétaire, devrait ralentir significativement l’appétit des promoteurs immobiliers sur les mois à venir. En matière d’investissement public, l’allocation de fonds budgétaires est quasiment à l’arrêt depuis l’été (en variation annuelle), mais cela recouvre de fortes disparités entre les projets centraux (en baisse de 8-9%) et les projets décentralisés (en hausse de plus de 40%). De ce point de vue, il n’est pas certain que le gouvernement dispose des moyens suffisants pour discipliner les autorités locales.
Sur la fin d’année, le profil de la demande interne devrait donc s’équilibrer progressivement vers davantage de consommation privée (historiquement très robuste) et un peu moins d’investissement (le nombre de projets mensuels aurait déjà chuté à 8000 en août contre 10 000 en début d’année). Cela ne peut être qu’une bonne nouvelle pour résorber les surcapacités industrielles et améliorer le pricing power et le profit des entreprises.
Redevenue positive en début d’année, l’évolution des prix en glissement annuel reste cependant très modérée : les prix à la consommation ont augmenté de 0,6% sur l’ensemble des 8 premiers mois 2003 et devraient terminer l’année en progression de 0,7 – 0,8% (après –0,7% en 2002). Cette évolution s’explique en particulier par la hausse des prix de l’alimentation (44% du panier) et de l’énergie, sans laquelle l’évolution d’ensemble des prix resterait négative (mais dans une moindre proportion qu’en 2002) – l’influence des secteurs tels que l’automobile ou l’immobilier ne peut être évaluée étant donné qu’ils sont encore quasiment absents des indices officiels. Par ailleurs, l’excès persistant de l’offre de main d’œuvre peu qualifiée et des capacités de production manufacturière, dans un environnement extrêmement concurrentiel, continue à peser structurellement tant sur le prix des biens que sur les salaires. Remarquons que le niveau du taux de change ne joue pas de rôle direct dans la compétitivité des prix à l’exportation, qui sont donc une donnée interne de l’économie chinoise, et qu’à ce titre une réévaluation du Renminbi ne ferait qu’exacerber les pressions déflationnistes.
Les équilibres extérieurs restent particulièrement robustes, comme en témoigne l’accumulation soutenue des réserves de devises (384 Mds USD fin septembre 2003, soit 84 Mds USD de plus qu’en début d’année). Cependant, on observe un glissement substantiel de l’origine des flux : l’excédent courant s’amenuise (seulement 2,6 Mds USD sur le 1er semestre contre 35 Mds USD en 2002) tandis que l’excédent du compte de capital est renforcé par des flux divers (y compris non recensés) d’ampleur désormais comparable aux IDE (respectivement 30,5 et 27 Mds USD au 1er semestre). Le pouvoir d’attraction de la Chine, 1er récipiendaire mondial d’IDE en 2002 (avec un afflux record de 53 Mds USD), ne semble pas avoir été atteint par la crise sanitaire du printemps puisque les IDE, bien qu’en ralentissement, affichent encore une croissance de 27% sur les 7 premiers mois de l’année. La nature des entrées de capitaux non-IDE, essentiellement de la « hot money », est plus délicate à appréhender dans sa nature (rapatriement d’avoirs étrangers jusque là dissimulés, dette à court terme…) que dans ses motivations (spéculation sur le Renminbi, sur l’immobilier).
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